Récit d'une fille qui n'aimait pas l'avion

Récit | Novembre 2022 | Eve Eloy

D'où vous venait cette peur de l'avion?

Elle date de l'enfance. Petite, j'ai vécu un vol particulièrement turbulant entre la Belgique et la Turquie. Je ne m'en rappelle que très peu mais ma mère n'a cessé d'en reparler depuis en précisant à quel point c'était traumatisant. Mon père, lui, m'a toujours transmis sa peur de l'avion. C'est très facile de transmettre ses peurs à un enfant et je pense que j'ai été conditionnée à avoir peur dès mon plus jeune âge. Pour moi, l'avion a toujours rimé avec risque de mort dans d'atroce souffrance. Plus grande, j'ai pris l'avion plusieurs fois mais toujours sur des vols courts et je n'étais jamais sereine. 

Pourquoi prendre l'avion alors que vous aviez peur ?

Dans ma famille, nous n'avons jamais été de grands voyageurs. Tous ces paysages qui me faisaient rêver à la télévision, je ne les ai jamais pensé accessibles. Mais quand je suis arrivée à l'université, j'ai rencontré un tas de gens qui avait levé ces frontières et qui avait eu la chance de découvrir le monde. J'avais toujours rêver de voyager mais je pensais que ça serait impossible pour moi. Et quand cette envie est devenue plus intense, j'ai saisi les occasions et je me suis forcée à prendre l'avion. 

Vous me parlez d'occasions saisies, quelles sont-elles ?

La première grosse occasion que j'ai saisie remonte à 2019. J'ai accepté de partir au Maroc avec des scouts en tant qu'intendante. A ce moment là, mon envie de voyager était très forte et j'ai sauté sur l'occasion sans trop réfléchir. Ce voyage était inoubliable et ce fût une expérience unique qui m'engagea par la suite dans le scoutisme. J'ai donc continué en tant qu'animatrice dans cette section et je me suis à nouveau retrouvée à partir, en Slovénie cette fois-ci. Mais la plus belle occasion que j'ai saisie, c'est de partir à Hawaï.  

Justement, parlons d'Hawaï. Dans quelles circonstances ce voyage s'est-il présenté ?

Fraîchement en couple avec un ami des scouts, sa famille me propose de partir avec eux à Hawaï, un voyage prévu dans un an. C'est une expédition familiale pour aller soutenir leur maman qui va participer au championnat du monde d'Ironman. M'entendant très bien avec mon copain et sa famille, j'ai accepté sans réfléchir et surtout sans réaliser dans quoi je m'embarquais. Je ne réalisais pas encore à ce moment-là où se situait Hawaï sur le globe même si je savais déjà que j'allais devoir prendre l'avion. 

Quand avez-vous réalisé et quelles étaient vos appréhensions ?

Quelques mois avant de partir, nous parlions des 17 heures d'avion qui nous attendais mais je ne paniquais pas. Je ne réalisais pas vraiment que j'allais partir à Hawaï parce que c'était tellement improbable.  Mais quatre semaines avant le départ, j'ai compris que j'allais devoir resté enfermée dans un avion pendant 17 heures et j'ai commencé à paniquer.

J'ai fait des cauchemars et j'angoissais à l'idée de voler si longtemps. Mon envie de voyager était cependant plus forte, et de toute façon le voyage était réservé! J'ai décidé de lire des articles et de regarder des vidéos pour me rassurer sur les avions et sur leur fonctionnement. J'ai appris un tas de chose qui m'ont rendue plus sereine vis-à-vis des potentielles turbulences qui nous attendaient. J'étais déterminée à partir et à vivre mes rêves d'aventure, même si j'appréhendais le vol.

Alors, comment se sont passés les vols ?

Etrangement, les vols se sont très bien passés. Les vols longs courriers sont très agréables. J'étais dans la rangée de siège située au milieu et je n'avais pas du tout l'impression d'être dans un avion tellement c'était grand. J'étais dans un transport en commun comme un autre. Aussi, il y a une tablette devant chaque siège pour regarder des films, écouter des musiques ou encore jouer à des jeux. Nous avons beaucoup joué à Angry birds et à bataille navale qui possède un mode multijoueur. Le fait de manger était plutôt surprenant mais la nourriture était bonne dans l'ensemble. J'ai aussi été rassurée par le fait de ne pas passer au dessus de l'océan atlantique. Je m'attendais à le traverser de part en part mais pas du tout. Nos vols sont passés par le haut du globe (l'Islande, le Groenland et le Canada). Entre le continent et Hawaï, l'avion était plus petit et n'avait plus qu'une seule allée centrale. J'ai passé le vol allé seule et malgré les faibles turbulences je suis restée très sereine grâce aux vidéos que j'avais regardé. Je m'étais enfin réconciliée avec l'avion: je m'y sentais bien. La prochaine étape maintenant serait d'arriver à dormir dans l'avion, parce que sincèrement les 17h m'ont parues longues malgré tout!

Le mot de la fin: que voudriez-vous faire passer comme message ?

Je pense que quand on veut on peut. Surtout, ne laissez pas l'avion vous empêcher de voyager même si vous en avez peur. Je ne sais pas si cette solution peut s'appliquer à tout le monde, mais il faut arracher le pansement vite. Je suis passée de vols de 2 ou 3 heures à un voyage de 17 heures de vol (dont 11 consécutives) sans juste milieu. Je n'ai pas eu le choix de vaincre ma peur et quand on en a l'occasion il faut se lancer. Dites vous que les pilotes et les membres de l'équipage font ça tous les jours et qu'ils ne monteraient pas dans des avions si c'était aussi dangereux qu'on l'imagine. 
Je tiens quand même à préciser que je ne prône pas l'utilisation de l'avion à tout va. Selon moi, il faut rester conscient et raisonnable. Mais je pense qu'on peut vivre ses rêves sans prendre l'avion 3 fois par an. 

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